Regards d’ethnologues au musée des Confluences, « Le Voyage au Congo » de Marc Allégret et André Gide

Le Musée des Confluences proposait les 25 et 26 janvier 2020 un programme de films d’ethnologie en liaison avec le Festival du Film Ethnologique Jean Rouch de Paris.

Il nous a permis notamment de voir un film au destin exceptionnel : le « Voyage au Congo » de Marc Allégret (1927), tourné pendant le fameux voyage de neuf mois effectué par le cinéaste (alors débutant) et l’écrivain André Gide (qui publiera à son retour un ouvrage devenu un repère de la prise de conscience des méfaits de la colonisation en Afrique centrale).

Ils revinrent aussi avec un lot de 4000 photographies sur les régions traversées.

Ce documentaire, exceptionnel par sa longueur (110 mn) sortit en France grâce au courage de son producteur Pierre Braunberger, n’eut aucun succès et disparut pendant trente ans, jusqu’à sa redécouverte par Henri Langlois, le médiatique directeur de la Cinémathèque. Il fut projeté à la création du Festival du film ethnographique dans les années 50.

Marc Allégret nous montre une série de scènes, filmées au plus près des villages et de leurs habitants, le long de l’Oubangui, du Chari et du Logone. (Congo, Centrafrique et Est du Cameroun actuels) On y voit des femmes cultiver et cuisiner le manioc, des fêtes et des rites de plusieurs peuples, des paysages variés, des architectures surprenantes. Puis, une séquence (qu’on comprendra avoir été scénarisée) nous fait le témoin des manœuvres d’approche d’une jeune femme à l’égard d’un beau pêcheur, aux tractations préparatoires au mariage, et à la conclusion de celui-ci. On est ici dans un moment précurseur du « docufiction ». La suite, par sa série de scènes dans d’autres ethnies, marquera profondément le film ethnographique : des prises de vues simples, détaillées, directes, attentives. Allégret est un débutant et Gide n’est pas un ethnologue : pourtant ce film constitue une date historique du genre.

Les danses costumées chez les Moudangs sont particulièrement spectaculaires. On regrette bien sûr de ne pas avoir le son réel (nous sommes en 1926) mais la bande son de musique moderne (originale) ajoutée au film est impressionnante et bien adaptée.

 

Le débat après le film permit de traiter, entre autres, la question de la « neutralité » du film si on en compare le ton avec le livre de Gide, très critique (encore plus marqué dans « Retour du Tchad »). Le voyage avait été organisé par les autorités officielles et bénéficiait de la logistique de l’administration coloniale. Toujours la question de la relation entre l’ethnologie africaniste de l’époque et le colonialisme !

En tous cas, l’intérêt du document, scientifique et historique, reste entier.

Le DVD ainsi que le livre « Le Voyage au Congo » sont empruntables à la bibliothèque municipale de Lyon Part Dieu

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