L’art de la chasse aux têtes en Océanie

Conférence de Gilles Sournies le 24 mars 2022.

C’est avec grand plaisir que nous avons retrouvé Gilles Sournies, adhérent de longue date de l’Association, chirurgien et collectionneur mais également anthropologue s’intéressant aux populations dont il détient certains objets. Il a présenté comme illustration de son propos, entre autres, une statuette en bois décorant les pirogues de Mélanésie, dite « Nguru Nguzu », une pièce rare qu’il a prêtée à de nombreux musées.

Nguru Nguzu coll. G. Sournies

La chasse aux têtes est une tradition mélanésienne découverte par les navigateurs européens dès le 16è siècle. On connaît le triste sort réservé aux marins survivant des navires de La Pérouse sur l’archipel de Vanikoro.

Gilles Sournies évoque des personnages haut en couleur ayant eu contact avec des populations pratiquant l’anthropophagie et la chasse aux têtes. Celle-ci est entourée de rites nombreux et d’ornements particuliers, dont on a pu voir un exemple à travers le magnifique bracelet sculpté en fossile de mollusque apporté par le conférencier. La quantité de crânes détenue par les chefs permet de mesurer le prestige de la tribu, qui organise des expéditions chez des tribus ennemies pour accroitre son patrimoine.

Les maoris, quant à eux, décorent et sculptent les crânes.

L’arrivée des Européens, parfois victimes de cette pratique, freine son extension, et les Anglais, établissant leur protectorat en 1893 sur les îles Salomon s’attaquent à ce symbole de pouvoir. Le dernier grand chef ayant accumulé près de 300 crânes est mort en 1906 et son descendant actuel veille à sa mémoire.

Choquante par certains côtés (encore que G. Sournies nous ait fait grâce de détails macabres) cette tradition ne doit pas nous faire oublier que ces mœurs « brutales » ont été utilisées par les armées occidentales à travers les troupes mélanésiennes qu’elles incorporaient.

Par ailleurs, l’art occidental représente des décollations nombreuses (par exemple Judith et Holopherne) Et n’oublions pas les collections de crânes peints en Autriche.

Comme souvent, un regard approfondi sur des objets et des coutumes « lointaines » nous permet de réexaminer l’art de notre propre culture. Ce n’est pas le moindre des intérêts de l’étude des civilisations non occidentales, à travers un voyage étonnant comme celui auquel nous a fait participer Gilles Sournies.

Le support de la conférence de Gilles Sournies est disponible en cliquant sur ce lien.

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