« L’art de cour à Abomey » par Gaëlle Beaujean

Les objets royaux d’Abomey ont été au centre des débats récents sur la restitution du patrimoine africain. Il était d’autant plus nécessaire de faire le point sur leur origine, le contexte anthropologique de leur émergence, le sort qui leur a ensuite été réservé par l’histoire.

Gaëlle Beaujean, responsable de collection Afrique au Quai Branly, travaille sur ce sujet depuis longtemps, a soutenu une thèse et écrit un ouvrage (Presses du réel, 2019) qu’elle a bien voulu nous présenter le 14/11/2019 devant un auditoire nombreux d’adhérents de l’ACAP.

Nous ne soulignerons ici que quelques points, tant la densité de la documentation et l’ampleur de l’analyse peuvent difficilement faire l’objet d’un véritable résumé.

Les échanges d’objets sont anciens dans cette partie du continent, entre les peuples locaux puis avec les européens. Le roi Allada fait parvenir des présents à Louis XIV, qui en envoie en échange (aucune trace n’en a été retrouvée !). Les butins de guerre se multiplient. Les matériaux utilisés se diversifient (perles, corail…).

L’activité artisanale et artistique est intense : on trie par exemple les prisonniers de guerre pour conserver auprès du roi les meilleurs artisans. Le roi passe des commandes à des artistes bien identifiés, dont on a parfois pu retrouver le nom. L’art de la cour s’enrichit : trônes, tentures en appliqué, statues hybrides…. (à gauche : Œuvre du forgeron Ekplekendo Akari, sculture dédiée vaudou Gou, vers 1858)

Plus tard, on voit se constituer un véritable trésor royal, dont la conservation est confiée à une des épouses du roi. Certains objets disparaissent car ils accompagnent le roi dans sa tombe dans un endroit tenu secret.

Puis vient la « conquête » coloniale : les soldats français emportent des objets mais on ne sait pas lesquels exactement. On en découvre tous les jours, à l’occasion de successions (familles de soldats ou d’officiers). La dispersion est grande : cadeaux, butin de guerre, ventes. Le général Dodds fait une donation au musée du Trocadéro, qui transfère les objets au musée de l’Homme. (çi-contre sculptée par Sossa Dede, Statue royale bochio homme- lion du roi Glèlè, don A Dodds, prise de guerre en 1892).

Dans le livre, on suit tel un roman policier le devenir de ces objets : musées, collections privées. L’auteur souligne le long silence qui a été fait sur les contextes d’arrivée de ces objets : ce n’est que récemment qu’une préoccupation est apparue sur ce sujet délicat !

Gaëlle Beaujean pour terminer a voulu insister sur la part jouée par Lyon dans ces arrivées : la conférence rejoignait le lieu où elle se déroulait : création du musée SMA en 1863, apport du Père Aupiais en 1926, développement du musée du 150. Hommage a été rendu par Mme Beaujean au Père Pierre Boutin, qui était justement présent !

L’histoire de ce patrimoine est passionnante. Il remet aussi en cause certaines idées courantes sur les objets africains : une dynastie repérée et datée, des échanges et des mouvements complexes et anciens, des artistes identifiés, un patrimoine constitué et préservé localement à certaines époques.

Et les découvertes ne sont pas terminées, grâce au travail de chercheurs tels que Gaëlle Beaujean !

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